![]() |
|
Etudes en milieu aquatique
Depuis plusieurs années, le CNES/CSG affirme sa volonté de sauvegarde et de suivi de l’environnement, détermination récompensée par l’obtention en décembre 2004, conformément à la norme ISO 14001, du certificat de management, une homologation qui engendre des obligations réglementaires. Après des résultats confirmant la bonne qualité de l’air lors du dernier séminaire de l’Observatoire Régional de l’Air, le CSG poursuit ses études environnementales, cette fois en milieu aquatique. Depuis la dernière réunion du Secrétariat Permanent de Prévention des Pollutions Industrielles de décembre 2005, il a été décidé de renforcer le suivi des cours d’eau et d’ajouter les invertébrés aquatiques en tant qu’indicateurs biologiques de qualité de l’eau. Agréé par le Ministère de la Recherche, le bureau d’Etudes et de Recherche en Environnement Hydréco est chargé de ces prélèvements et analyses dans les trois criques de la base spatiale : la Karouabo, la Crique des Pères, site témoin, et la Malmanoury. Petit tour de pirogue.
Sur le pont de la crique Karouabo, l’équipe d’Hydreco s’apprête à relever les filets qu’elle a posés la veille à environ 2 km en aval et 1 km en amont du pont, deux batteries de dix filets chacune balisent la crique Karouabo. Dans le dédale végétal des moucou-moucou et des palmiers bâche, Régis Vigouroux, ingénieur d’études ichtyologiques, mène la barque. Au rythme des iguanes qui choient curieusement des arbres comme des fruits mûrs, il explique que le suivi du CSG sur les poissons vise à échantillonner le peuplement présent sur les criques. Hydréco a adopté une démarche qualité par rapport au matériel, aux procédures de communication et aux techniques d’échantillonnage adaptées. Il s’agit d’une batterie de filets de différentes mailles, de 10 à 70 mm. Des études menées à Petit-Saut prouvent l’efficacité de cette méthode qui permet d’avoir une bonne vision de la diversité du peuplement et de sa structure. Une opération régulière autour de cette technique passive mais sélective, peut déceler une évolution du milieu aquatique par rapport à son état naturel, aux variations climatiques, ou encore révéler un impact lié aux lancements. Dorénavant, les criques fourniront deux prélèvements par an au lieu d’un : en saison des pluies, comme en ce moment, et en saison sèche. Ainsi il est inutile de trop développer l’échantillonnage qui peut rapidement épuiser le milieu testé. Les filets de 25 m de long et 2 m de hauteur sont posés en surface, le long des berges, là où les poissons peuvent trouver de la nourriture, des cachettes, et des zones de calme favorisant la reproduction. Quel que soit le niveau d’eau, ces 2 m de surface ne changent pas et offrent une répartition aléatoire de la population piscicole en fonction des aspects hydrologiques comme les marées ou encore la force et le sens du courant. La Karouabo a la particularité d’afficher une perte d’oxygène dans la colonne d’eau, poussant les poissons à se réfugier en zones inondées ou en surface. Un poisson, bizarre : petite torpille sombre et gluante au corps mou, un bla-bla « blablatte » son mécontentement aux doigts qui tentent de l’extraire du filet (d’où son nom). Dans l’eau, le menu fretin se fait un malin plaisir à passer au travers des mailles, mais il est bien présent de visu. En revanche, la taille bien inférieure, celle que l’on ne peut distinguer directement à l’œil nu, mérite toute l’attention des ingénieurs. Les invertébrés aquatiques, qualifiés d’éphémères, comme diverses larves d’insectes et autres tricoptères, sont les premiers organismes touchés par une pollution possible de l’environnement aquatique, suite à une activité humaine ou non. Ils constituent un indice fiable de qualité de l’eau : le SMEG, Score Moyen des Ephémères de Guyane. Le Score Moyen des Ephémères : si l’ensemble des cours d’eau hexagonaux sont efficacement suivis depuis plus de 20 ans grâce à cet indice, celui de la métropole n’est pas applicable ici. La Guyane s’est donc dotée de son propre SMEG en 1998, à l’initiative de la DIREN, et s’applique depuis l’an dernier au CSG. Cet indice permet de noter et classer un cours d’eau selon 5 grades, en recensant et en analysant les invertébrés aquatiques présents. Certains de ces organismes, appelés éphémères et situés en amont de la chaîne trophique, sont rapidement touchés et ont une durée de vie de deux jours à quelques mois, durant laquelle ils ne peuvent s’échapper en cas de pollution, contrairement aux poissons. En synergie avec les analyses de poissons, le SMEG restitue une vision d’ensemble rapide et fiable du milieu aquatique. Les éphémères sont d’une part dragués sur le fond du cours d’eau, et prélevés d’autre part sur la berge, selon un temps de manipulation défini en fonction du milieu. En zone accessible, ils peuvent également être traités en substrats artificiels, comme prévu lors de la prochaine intervention du laboratoire. Au labo, quasiment aussi maigre que la chair des spécimens récoltés, la recette ne pèse pas lourd : 13 poissons contre 69 la veille sur la Crique des Pères, et contre 200 et plus sur le Sinnamary en conditions équivalentes. Tout cela prouve-t-il un impact de l’activité spatiale toute proche ? Régis répond avec franchise que d’après les relevés de poissons, depuis 1998, on observe ici peu d’évolution en raison d’une faible activité du milieu. Les analyses ne faisant pas état d’aluminium chez les poissons, nous ne pouvons conclure à un impact direct du spatial mais nous n’avons pas de point O à l’installation du CSG, donc pas de référence. Les chercheurs s’activent à recenser leur pêche, pèsent et mesurent les poissons tandis qu’ils renseignent simultanément leur base de données informatique. Dressés en rang d’oignons sur la table, patagaïs, pacoussis et bla-bla attendent d’être cuisinés pour livrer leur stade de croissance, leur état de santé et leur sexe, avant de se voir prélever un filet de chair pour les analyses suivantes. Régis se souvient que lors de la première visite en 1998, la Karouabo montrait des souffrances antérieures, ne serait-ce que par l’aspect de sa végétation. Depuis cette date, elle s’est considérablement améliorée et donne des signes de convalescence. Laurent Guillemet, responsable de l’unité Invertébrés d’Hydréco complète que les résultats du premier relevé d’invertébrés en 2005 corroborent globalement ceux des poissons. Cependant les analyses attestent d’un impact extérieur, mais malheureusement trop indéterminé pour en connaître la cause, faute du recul nécessaire. La suite : attendre désormais le prochain relevé, qui sera le premier où l’on verra l’état du milieu en saison sèche. Nous pourrons établir des données comparatives, notamment par rapport à la Malmanoury, crique la plus éloignée des zones de lancement. Nous pourrons également déterminer des zones de refuge et décider du maintien ou de l’adaptation de notre technique d’échantillonnage. Du côté des invertébrés aquatiques, une évolution significative correspondant à un suivi de trois ans minimum pourra commencer à fournir des explications. |