"Les oiseaux viennent nicher à proximité du lanceur"
Olivier Tostain est administrateur de "Réserves Naturelles de France" où il représente les réserves de l'Outre-Mer. Il a participé à la mise en œuvre de la plupart des espaces protégés du département de la Guyane Française.
Olivier Tostain est un passionné d'oiseaux depuis toujours. Sa passion, il en a fait son métier : apprendre toujours plus sur la biologie et le comportement des oiseaux.
De formation universitaire en écologie, Olivier Tostain a créé le bureau d'études "Ecobios" afin de réaliser des études environnementales et de s'installer professionnellement en Guyane. En 1993, le Centre Spatial Guyanais fait appel à lui. Sa mission : évaluer les retombées d'alumine issues des décollages d'Ariane 5 sur la faune sauvage.
"Pour cela, explique Olivier Tostain, il a fallu trouver un modèle permettant une analyse fiable. L'analyse sur des organes internes de mammifères, de reptiles ou d'oiseaux s'est avérée inadaptée, la trop grande variabilité des résultats ne permettant pas une comparaison des données. De plus, les prélèvements de tissus internes impliquent la mort de l'animal, ce qui nous posait un réel problème éthique. Les plumes des oiseaux se sont par contre révélées être le modèle adéquat : résultats fiables et homogènes sur chaque station, facilité de capture ne provoquant en outre aucun dommage pour l'animal et relâcher immédiat."
Sites témoins
Les prélèvements de plumes sont réalisés de manière systématique à chaque lancement, et ce depuis la première Ariane 5. Depuis deux ans, l'étude n'est effectuée qu'une fois par an car les résultats apparaissent homogènes et relativement comparables d'une campagne à l'autre.
Une quinzaine d'oiseaux (picolettes, kikiwis, tangaras, colibris, manakins, martins-pêcheurs…) est capturée à l'aide de filets, sur chacun des différents sites implantés à des distances croissantes du pas de tir, sur l 'axe du nuage de combustion des propulseurs d'appoint : 300 mètres de l'Ensemble de Lancement Ariane n° 3, 1,5 kilomètres, 6 kilomètres, voire plus encore.
Plusieurs sites témoins ont été analysés, comme les forêts sur sables blancs de Mana, le golf de l'Anse, la Montagne de Kaw, les zones urbaines, la piste de Saint-Elie, etc. Les différents emplacements de ces sites permettent de comparer les résultats.
"En fonction des sites témoins, poursuit Olivier Tostain, on observe une grande variabilité des résultats. Comparativement à tous les autres sites, la Montagne de Kaw et les zones urbaines sont les plus dosées en alumine. En forêt ces dosages s'expliquent par la géologie car la latérite recèle beaucoup d'alumine. La pollution urbaine pourrait expliquer les forts dosages constatés à Montjoly."
Oiseaux en bonne santé
Les résultats des études sur le site du Centre Spatial Guyanais démontrent qu'en zone très proche du lancement, les dosages sont inférieurs ou égaux à ceux rencontrés sur les sites naturellement les plus chargés en alumine, comme les forêts sur cuirasse latéritique. Au fur et à mesure qu'on s'éloigne du pas de tir , les dosages diminuent progressivement pour se "diluer" au-delà de 5 à 10 kilomètres dans le bruit de fond des écosystèmes.
Pour accentuer encore ses études, Olivier Tostain a cherché à démontrer s'il existait un phénomène d'accumulation de l'alumine au cours du temps. Or, les oiseaux doivent manifestement bien assimiler et ensuite excréter cet élément car aucune accumulation n'est perceptible.
Beaucoup ont pensé, Olivier Tostain le premier, que c'était trop beau et qu'il était impossible que les lancements d 'Ariane 5 n'aient aucune retombée sur l'avifaune et pourtant… depuis 8 ans, les oiseaux capturés sont en bonne santé, ils continuent de nicher, de chanter, le taux de reproduction semble similaire chaque année. Certaines espèces, comme les Aras, pourtant sensibles, viennent même nicher sur le site du CSG, à proximité immédiate de la zone de lancement.
"J'aimerais maintenant, conclut Olivier Tostain, faire de nouvelles recherches sur les possibles effets combinés de l'alumine et de l'acide chlorhydrique sur les oiseaux, au travers notamment de la disponibilité résultante du calcium. Vu leur bon état général, il ne doit pas y avoir d'incidence directe significative, mais peut-être indirecte sur le long terme. En fonction des résultats, je pense que ces études pourraient également s'appliquer aux Hommes . Ce travail me passionne et j'espère qu'il sera pérennisé."