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Arauquinoïdes


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Petite figurine en terre cuite

 Bananes, manioc, pois d’angol… Qui n’a pas remarqué les plantations haïtiennes le long de la ligne droite de Bois Diable à l’entrée de Kourou ? Plus à l’intérieur de ces mêmes savanes inondables, des archéologues ont mis au jour d’anciens champs surélevés amérindiens. Constat : 1000 ans séparent ces cultures mais la technique n’a pas changé ! Alors qui étaient ces ingénieurs-agriculteurs ? Comment vivaient-ils ? Et comment ces buttes de sable cernées d’eau ont-elles résisté au temps ? Retour en arrière avec d’étonnants acteurs. <br/>

Après les fouilles d’archéologie préventive sur les carrières Soyouz, le Centre Spatial Guyanais  se réinvestit dans l’exploration de son passé. Au-delà des demandes d’autorisation et vérification des contraintes Sauvegarde pour réaliser ces fouilles, le CSG s'implique pour connaître l’histoire de ce qui s’est passé  sur son terrain.  Des mini polders  permettent de surélever la terre afin que les plantes cultivées sur ces buttes et leurs racines soient hors d’eau. Cela implique une présence amérindienne dotée de techniques de la terre, et cela amène aussi à se demander comment ces champs ont traversé le temps » poursuit-elle.

 
Il y a en effet de quoi se poser des questions, et il y a surtout matière à y répondre. Ici le terrain est sableux, nous sommes sur le littoral guyanais. Responsable des fouilles pour le CNRS, le dynamique archéologue Stéphen Rostain est enthousiaste face à ce site plein de promesses : « J’aime à dire que j’ai découvert le CSG il y a 1000 ans en prenant de la hauteur car je l’ai survolé en ULM ! Bois Diable était le nom d’un arbre à la sève urticante. Ce site a été identifié en 1988 à l’occasion de la mise en carrière de la zone, lorsque la sablière est entrée en action. Les tessons étaient enterrés à 40-60 cm de profondeur. Nous étions venus prospecter un peu en 1989 et en 1991. » Mais aujourd’hui les choses sérieuses commencent : sur 1000 m² parsemés de petites cuillères repérant traces et vestiges humains, autres tessons bruns et noirs affleurent du sable clair. L’intérêt est de décaper une grande surface pour reconstituer la distribution spatiale d’une portion d’un village en fonction des marques d’activité humaine : maisons, foyers, cuisines… En ce qui concerne ce lieu, Stéphen a sa petite idée : « Je pense que ce village s’étalait sur 5 km le long du chenier (ancienne plage enfermée dans les terres) sur 100 m de large. Ce qui n’est pas énorme puisqu’Awala fait aujourd’hui 2 km de long sur 500 m de large. Les prospections att
estent d’autres villages sur les cheniers identifiés sur la côte guyanaise. Les champs surélevés ont manifestement permis de subvenir à la diète de gros villages et d’importantes populations. L’estimation actuelle à partir de plusieurs données nous suggèrent selon les époques de 50 à 100 habitants au km² dans certaines portions de la côte. Nous sommes très loin des 2 ou 3 habitants au km² que l’on a l’habitude d’avancer pour l’Amazonie… »

 

« Le diable sans corne de Bois Diable »

La petite figurine en terre cuite trouvée hier et ainsi baptisée par l’équipe va devenir l’emblème du site. Pour ce mercenaire de l’archéologie, comme se définit Stéphen qui sillonne  l’Amérique du Sud depuis vingt-cinq ans, ces figurines sont presque devenues des compagnes de route : « nous en trouvons de l’Ouest du Suriname à l’Ile de Cayenne, sur ces sites de populations dites arauquinoïdes. Ce terme, comme les gens qu’il désigne, vient du site d’Arauquin sur le Moyen Orénoque. Leur migration vers la Guyane a eu lieu vers 650 de notre ère pour se poursuivre petit à petit jusqu’à l’Ile de Cayenne vers l’an 1000. Ce site pourrait dater de 1200, mais nous attendons confirmation. Bois Diable se trouve en outre à la confluence de deux populations, à l’ouest les Barbakoeba et à l’est les Thémire, donc avec des influences des deux côtés, visible notamment dans la céramique. »

La surprise

Selon Stéphen, il y avait forcément des ingénieurs pour diriger ces travaux qui nécessitaient beaucoup de monde. « Les observations des pédologues nous mènent à penser que les Amérindiens auraient peut-être raclé le sommet des barres pré-littorales pour enlever les matières les plus fertiles et les rassembler sur les buttes pour améliorer la qualité de la terre, ce qui demande une technologie particulièrement avancée. Ils étaient en tous les cas des agriculteurs côtiers et des terrassiers. »

Par la suite, d’autres terrassiers ont oeuvré pour que ces buttes sableuses ne se déstructurent pas, même sous l’action de la pluie. Une hypothèse vient de sortir grâce aux écologues, qui ont découvert que juste après leur abandon, chaque butte a été colonisée par une fourmilière. Pour ne pas mourir noyées, les fourmis sont obligées de maintenir les buttes en état et pour cela ramènent des matériaux. « Les insectes sociaux ont donc pris la suite des mammifères sociaux que nous sommes. Fourmis, termites, vers de terre... On se croirait dans un roman de Werber ! » s’exclame Stéphen.

Notons que cette découverte a pu se produire grâce au projet interdisciplinaire que constituent ces fouilles, et pour lequel la coopération de spécialistes permet de répondre à des problématiques communes. Au total, 24 personnes sur 4 ans regroupent dans le cadre du programme CNRS « Amazonie » notamment le CNRS, les Universités de Neuchâtel, d’Exeter et de Bayreuth, le Ministère de la Culture et la DRAC Guyane.

 

Pour sa part, « c’est une belle journée ! » se réjouit Nicolas Guillaume-Gentil, archéologue à l’Université de Neuchâtel (Suisse). « Après cinq jours de fouilles, des modèles apparaissent ; nos hypothèses semblent se vérifier peu à peu, les structures prennent corps de plus en plus clairement, à tel point que l’on arrive presque à prédire l’endroit où fouiller pour trouver l’élément qui nous manque ! » De la foultitude d’objets en céramique ou en pierre aux traces de poteaux qui permettent déjà de pré-visualiser l’implantation d’habitations, le site recèle de nombreux trésors. En croisant les connaissances et l’étude des premiers vestiges, tels les platines de cuisson, Stéphen imagine le CSG il y a 1000 ans aussi occupé qu’aujourd’hui, avec des chapelets de villages le long des barres sableuses, sur des buttes couvertes de grands champs de maïs. Que votre imagination et votre curiosité prennent le relais !


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