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Petites histoires d'astres


La Guyane regroupe plusieurs cosmogonies, pour finalement confirmer l'évidence : les astres sont nos guides et le réceptacle de nos espoirs. Petites histoires entre cultures...

 

Le Soleil et la Lune

Compère Soleil voulait dévorer les enfants de la Lune. Les enfants de la Lune sont de belles petites étoiles. Le Soleil a aussi de belles petites étoiles autour de lui.

-    Commère, dit Soleil, je suis fatigué de voir mes mêmes enfants autour de moi. Allons changer d’enfants.

-    D’accord, mon Compère, dit la Lune. Je te propose le système suivant : chaque jour tu m’envoies un des tiens, et en échange, je t’envoie un des miens.

-    D’accord, ma Commère, dit Soleil.

Le lendemain, Soleil envoie un premier enfant. La Lune habille ce dernier comme si c’était l’un des siens et le retourne à son Compère. Soleil mangea l’enfant. Soleil mangea ainsi tous ses enfants et la Lune conserva tous les siens. C’est depuis ce jour que le Soleil se lève seul dans les cieux sans étoiles. La Lune, quand elle apparaît, est entourée de tous ses enfants.

Moralité : il faut prendre les devants avant que les devants ne vous prennent par surprise.

Auxence Contout, in La Guyane et ses contes

La lampe de la nuit

 Humphrey Akalepjo est Galibi, l'une des six ethnies amérindiennes de Guyane. Il travaille sur la Base Spatiale depuis 1983, Humphrey. Il est agent technique de Cegelec Space pour la préparation des satellites et conserve un lien fort avec sa culture. « Pour nous, Nouno, la Lune, est la lampe de la nuit. Nos fêtes traditionnelles se déroulent toujours à la pleine Lune. Nouno est un guide, par exemple pour savoir quand planter l’abattis ; à la pleine Lune, la Nature veut que les plantes poussent bien. Nous travaillons aussi avec elle pour la pêche : sa position nous indique les marées hautes et basses. Le Soleil lui, Uweyu, est le guide de la journée, important pour la vie.» Et quand les deux astres se croisent, les Amérindiens tremblent : « nous dormons en hamac sous des carbets. Avant, les éclipses avaient souvent lieu la nuit. Nous disons que la Lune est blessée par le Soleil car sa couleur rouge rappelle le sang. De peur qu’il ne s’y déverse, nous jetons tous les consommables déjà préparés, nourriture et cachiri. Et nous faisons énormément de bruit en priant les esprits de la Nature jusqu’à ce que la Lune redevienne normale. On prenait même les chiens par la queue pour qu’ils aboient aussi. » Peuple de la Nature, les Galibis ont tissé des liens étroits avec les étoiles, chiritcho. Ce terme désigne aussi « une constellation de sept étoiles, visible une fois par an entre 4 et 6 heures du matin, et représentant une tête d’homme. Chiritcho désigne donc aussi une année. Nous cherchons d’ailleurs une date repère comme vous avez le Nouvel An ! » Mais la plus belle histoire est celle d’Alukuma, manifestement Vénus : « quand les adultes voient qu’Alukuma est exactement au-dessus de leurs têtes, aux environs de minuit, ils réveillent leurs enfants pour qu’ils l’observent car elle les rendra brillants. Les bébés ne pouvant marcher sont posés sur les toits pour recevoir les bienfaits de l’étoile. Un enfant qui dort mal ou qui pleure beaucoup recevra ainsi l’aide d’Alukuma. » Le ton toujours aussi posé, Humphrey conclut : « quand on a besoin de quelque chose, on le demande à la Nature en regardant les étoiles. »

 

 

La hache de Dieu

Aujourd’hui, Asobi Samson, que tous appellent Samson, a trois planètes de prédilection : Venus, Mars et Jupiter-1. Agent d’entretien sur la Base Spatiale depuis 1980, il prend quotidiennement soin de ces bâtiments pour la société Sodex Net. Samson annonce : « Au pays Saramaca, on dit qu’il n’y a pas de jalousie entre le jour et la nuit : chaque jour le Soleil, Sonoe, se lève vers 6h et se couche vers 18h30 » Côté étoiles, le Businenge en mentionne deux, « très claires et proches de la Lune : Kenge, la plus proche, la Dame de la Lune, et Dongo, dont on dit qu’elle ne voit pas son mari tous les jours ! Cela représente pour nous l’alternance des choses. » Chez les Businenge, une éclipse, « c’est mauvais temps : il fait noir pendant le jour, ce n’est pas logique. Alors on prie les Anciens. Nous avons peur des étoiles filantes et des météorites, Gaan Gadu matjau, la hache de Dieu » : les Saramaca pensent qu’une météorite se détache de la Lune dans un filament de feu et tombe sur la Terre au risque de mettre le feu à la forêt. NB : 500 pierres de la taille d’une balle de tennis atteignent chaque année la Terre [Ndlr]. Par ailleurs, les astres tiennent bonne place dans l’art traditionnel Businenge, le Tembe. Sculptés ou peints, les motifs en lien avec les astres portent une symbolique largement positive : beauté, bonheur, infini et autres grandes valeurs. Né à Distrikt Brokopondo au Suriname, Samson est Saramaca, l’une des six ethnies Businenge. Ceux-ci sont les descendants des esclaves africains qui ont fuit dans la forêt amazonienne dès 1700 pour livrer le combat de la liberté.

 

La belle Dame

Enfant du « premier peuple à avoir dressé la carte du ciel et noté le passage des comètes », Christelle Ying Ping travaille depuis plusieurs années pour l’espace et pour l’Europe. Née à Taïwan mais en France depuis ses quinze ans, cette sympathique Chinoise est coordinatrice de l’activité optique-vidéo du CSG au sein du groupement IEC/Sarvis. Aujourd’hui Christelle suit des yeux Ariane qui s’élance vers les étoiles, mais petite, elle tendait le regard vers une autre dame, lors de la Fête de la Mi-Automne ou Fête de la Lune. « Une légende parlait de Chang’e qui s’unit au courageux archer Hou Yin. Devenu roi après avoir décoché neuf des dix soleils qui consumaient la Terre, il se révéla un tyran obnubilé par l’immortalité. Dérobant et buvant son élixir de jouvence afin de sauver le peuple de la cruauté de son mari, Chang’e sentit son corps flotter et s’envola pour trouver refuge sur la Lune. Hou Yin aimait tant sa femme qu’il ne décocha pas la Lune. » La légende dit que la nuit de la Fête de la Mi-Automne, nuit où l’astre est particulièrement brillant et plus rond que le reste de l’année [15 août dans le calendrier lunaire chinois, soit le 15 septembre dans le calendrier occidental], si on observe attentivement la Lune, on peut apercevoir Chang’e dans son palais. Justement, Christelle se souvient parfaitement de ces soirées où sa maman lui montrait la Lune : « Regarde, la belle Dame est là-haut ! » De ses entretiens avec son père, elle dévoile une nation aux découvertes en chaîne grâce aux planètes, et un lien ténu avec les astres : « Pendant longtemps, astrologie et astronomie ont été associées. Les Chinois croient que la position des planètes influence la vie humaine. D’ailleurs, le calendrier chinois indique les jours propices à tel ou tel évènement. »

 


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