A qui profite la météo ?
Les prévisions météorologiques servent pour les prévisions courantes, les opérations à caractère pyrotechniques, les contraintes liées à la phase de vol du lanceur et pour la sécurité des agents...
Au service d’Ariane et des Guyanais
Lors des transferts d’un bâtiment à un autre, ce sont près de 500 tonnes de poudre posées sur une table en plein air, au cœur d’enjeux importants Or, de par sa forme et sa taille, un lanceur agit exactement comme un paratonnerre et risque de s’attirer les foudres du ciel ! Ainsi à Kennedy Space Center en 1987, un lanceur Atlas-Centaur s’est vu frappé à la base d’un gigantesque éclair. Enfin, même si les risques sont moindres, le lanceur posé sur sa table ne saurait non plus souffrir de trop importantes rafales de vent qui le déstabiliseraient.
Dans la vie courante de la base spatiale
Les prévisions courantes répondent à tous les besoins de la base en terme de foudre, de pluie et de vent. Citons par exemple tous les travaux en hauteur, qu’il s’agisse de chantiers ou de nettoyage, et pour lesquels la sécurité des agents passe par des conditions météorologiques stables.
Sont également concernés les opérations à caractère pyrotechnique ainsi que les transferts d’éléments pouvant présenter des risques ou des contraintes au regard des conditions météorologiques. A titre d’exemple, lorsque l’UPG (Usine à Poudre de Guyane) brûle ses résidus de propergols, il est indispensable de s’assurer que le nuage de combustion parte dans une direction ne présentant pas de danger pour l’intérieur et l’extérieur de la base. Enfin, il y a les contraintes liées à la phase de vol du lanceur. Quasiment toute la base tombant sous le joug des critères météo, hors chronologie de lancement, le service Météo transmet ses données au Bureau de Coordination Sauvegarde, (BCS) son principal client. Afin de prévenir tous types de risques, le BCS coordonne les activités du CSG en fonction de celles prévues aux ELA 3 (Ensemble de Lancement Ariane n° 3), aux EPCU (Ensemble de Préparation des Charges Utiles), chez Regulus et Europropulsion.
En chronologie
° négative, la météo alimente les postes clefs de lancement : la direction du Centre Spatial Guyanais du CNES, qui donne l’autorisation de lancement, et la cellule de vol, qui prend la décision de lancement. Le DDO (Directeur Des Opérations) quant à lui doit disposer des critères météo (C1, C2, C3) et des vents sur le pas de tir. En terme de prévention des risques de toxicité, la sauvegarde sol a besoin de la direction et de la vitesse des vents, au sol et en basses couches, ainsi que des risques de pluies (cf rubrique Rencontre). Eléments également au profit du Directeur des Secours (SDP) qui se réfère au vent à la plage.
D’un point de vue maîtrise du risque toxique également, la mesure des vents apparaît prépondérante, et tout particulièrement celle effectuée à la plage de Kourou. En effet, un lancement ne pourrait avoir lieu avec des vents de force supérieure à un seuil calculé par la sauvegarde (entre 5 et 10 mètres par seconde selon les lancements), pour qu’en cas d’accident lanceur aucun risque toxique n’apparaisse au delà de la limite de dangers (protection des zones habitées). Ce fut notamment un point critique du Vol 171 où, de - 1h à - 22 min, le vent de Kourou plage n’était pas favorable. Dans la même veine, les mesures de vents de 0 à 30 km d’altitude, fournies à la sauvegarde vol, lui permettent de simuler la localisation de retombée de débris en cas d’explosion, et donc d’interdire le lancement si nécessaire. Il s’agit bien là de contraintes sauvegarde sur des conditions météo.
En tout état de cause, c’est au Directeur du CNES/CSG, garant de la sûreté de la base et de la protection des personnes et des biens sur Sinnamary et Kourou, que revient, en final, la décision d’autoriser le lancement.
° positive, une fois que le lanceur a quitté son pas de tir, les choses peuvent encore se compliquer. Lors de sa traversée de l’atmosphère, il est exposé aux vents d’altitude. Il doit alors en permanence, selon la puissance de ces derniers, adapter sa trajectoire pour maintenir le cap visé. Mais le pire, là encore, reste le risque de foudroiement, cette fois en vol. Agissant comme un paratonnerre, le lanceur peut générer la foudre en traversant certains nuages, par phénomène de frottements et de polarisation électrostatique. En passant au travers d’un nuage, son nez pointu et sa vitesse condensent brutalement la charge du nuage, même si ce dernier, seul, ne présente aucun risque de production de foudre. C’est le cas des cumulus congestus, de 5000 à 6500 m d’épaisseur. Mais les plus dangereux sont les célèbres cumulonimbus, qui avoisinent les 18 km d’épaisseur en Guyane. Particulièrement chargés en électricité statique, ils sont sujets, par frottements de leurs grêlons et gouttes positifs et négatifs, à générer de la foudre. Les heures qui suivent le lancement, les relevés météo sont transmis à la DLA (Direction des Lanceurs Ariane), à EADS et à Arianespace. Ces derniers procèdent alors au " dépouillement " du vol, pour tenter de corréler ces informations à celles reçues du lanceur, lorsqu’il adapte sa trajectoire en vol. Compte tenu des efforts que ces réajustements permanents réclament au lanceur, il est ainsi possible de lui faciliter la tâche.
Et bientôt au service de Soyouz
Soyouz entrera bientôt en activité au Centre Spatial Guyanais, en témoignent les grands chantiers. Il a été décidé de créer un groupe de travail spécifique, dédié à la coordination et à la vérification de l’adéquation des missions météo Soyouz avec les moyens prévus. Le groupe de travail étudiera les points suivants, sur la base d’une mission GTO (en orbite géostationnaire) :
* l’expression de besoin de l’autorité Lanceur mais aussi de l’exploitant et de la sauvegarde, en matière de météorologie pour une campagne Soyouz ;
* la synthèse de ces besoins pour chaque phase de campagne, l’organisation adaptée et la mission météo qui en découle ;
* l’adéquation entre cette mission et les moyens prévus ;
* les impacts techniques, financiers et calendaires d’une adaptation des moyens, si cette dernière s’avérait nécessaire.
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