Techniquement, Ariane est un lanceur. Comme son nom l'indique, elle "lance" un satellite dans l'espace pour qu'il atteigne sa position orbitale. Mais ce terme est peu explicite pour le grand public; on lui préfère celui de fusée. Il fait davantage rêver, et évoque la conquête spatiale ou les albums de Tintin ! Fusée ou lanceur, peu importe au fond. L'essentiel à retenir, c'est la prouesse technologique réalisée par ces engins capables de s'arracher du sol et de filer dans l'espace. Un exemple? Ariane 5, aussi haute qu'un immeuble de 15 étages, pèse au moment du décollage plus de 700 tonnes, soit un dixième de la Tour Eiffel. Et 2 minutes après le décollage, sa vitesse est à plus de 8 000 km/h. Pas mal pour un mastondonte de l'espace ...
A quoi sert-elle ?
Ariane 5, c'est un camion spatial très sophistiqué qui emporte, protégés dans sa coiffe, des satellites jusqu'à l'orbite (basse, géostationnaire ou autre) depuis laquelle ils effectueront leur mission. Leurs applications sont aussi diverses que stratégiques : télécommunications, observation de la terre, planétologie, prévisions météorologiques, militaires etc. l'Europe s'est dotée de son propre lanceur, pour garder un libre accès à l'espace.
Ariane 5 est spécialisée dans les gros satellites géostationnaires, destinés par exemple au multimédia ou à la téléphonie mobile. Quel chemin parcouru depuis le premier vol !
En 1979, Ariane 1 supportait une charge de 1,6 t. Actuellement, Ariane 5 peut emporter presque 10 tonnes en orbite géostationnaire.
C'est un des lanceurs les plus puissants du monde !
Qui participe à cette saga européenne
5000 personnes, originaires de tous les pays membres de l'Agence Spatiale Européenne, participent directement ou via la sous-traitance à la construction des lanceurs. Il ya de petits contributeurs et d'autres, plus gros, comme la France. Au CNES, par exemple, 600 des 2 500 salariés travaillent sur les lanceurs. Chaque pays apporte un savoir faire spécifique : le Danemark fournit le calculateur de bord; l'Autriche, les allumeurs de moteur; la Suisse apporte la coiffe du lanceur et réalise des essais aérodynamiques; la turbine vient de Suède, la turbopompe d'Italie. Si l'on réunissait tous les industriels européens participant à ce projet autour d'Arianespace (qui conduit toutes les opérations de lancement, et dont le CNES est l'actionnaire majoritaire), on obtiendrait une liste prestigieuse : EADS Space Transportation, la Snecma, Alcatel, Air Liquide, Volvo, Sabca, Contraves, Man, Avio, etc. Quand on dit qu'Ariane est une aventure industrielle européenne, ce n'est vraiment pas une vue de l'esprit !
Qu'est-ce qui fait la complexité d'un lanceur ?
Dégager l'énergie nécessaire pour aller dans l'espace exige des carburants d'une rare puissance. Cette énergie développée, c'est la force d'Ariane 5....mais c'est aussi sa complexité ! Imaginez : la turbopompe d'Ariane 5 a la puissance de deux TGV, alors qu'elle tient...sur une table. Elle tourne à 30000 tours/minute, soit 10 fois plus vite que le moteur d'une voiture ! Ajoutez à cela les contraintes liées aux matériaux utilisés. L'hydrogène liquide qui alimente le moteur Vulcain est à -250°C : à son contact, l'air se transforme en glace. Il n'est pas transportable; il faut donc une usine pour le fabriquer sur le lieu de lancement ! Il est par ailleurs si léger (14 fois plus que l'eau) qu'il exige un réservoir gigantesque. Enfin, la dernière -mais non la moindre !-complexité est la phase d'allumage du moteur cryogénique, au moment du décollage. Seuls 4 pays au monde (Etats-Unis, Europe, Japon et Russie) maîtrisent cette étape délicate. On comprend mieux que chaque lancement soit un pari technologique....
Et les difficultés spécifiques d'un tel projet, comparé par exemple à l'A380 ?
Un nouveau modèle d'avion, on le teste par étapes. En premier lieu, au sol. Puis il effectue des centaines de vols d'essai. Et lorsqu'on est sûr de ses capacités, on le déclare prêt à voler. dans le spatial, il n'y a pas de répétition générale avant le jour J. Bien sûr, on teste le lanceur, mais les conditions au sol ne sont pas représentatives de ce qu'il subira dans l'espace. D'abord on est pas dans le vide. Ensuite, on ne peut pas non plus faire subir les écarts de température que le lanceur rencontrera lorsqu'il passera du froid spatial (-150°C, caché derrière la terre) à 200-300°C, quand il sera devant le soleil. enfin, avec le lanceur, il n'y a pas de "marche arrière" possible, une fois l'ordre d'allumage des boosters à poudre donné. Il n'y a plus rien à faire...sauf espérer que tout se passe comme prévu. C'est pour ces raisons, et parce que l'industrie spatiale repousse en permanence les frontières du technologiquement imaginable, qu'on ne peut pas exclure l'incident technologique : rare mais lourd de conséquence
Pourquoi Ariane est-elle lancée depuis la Guyane : parcequ'il y fait beau ?
Suivre le décollage d'Ariane sous le soleil tropical apporte un côté festif à l'évènement, c'est vrai...Mais le site de Kourou a été choisi pour ses trois atouts plus "sérieux" que la seule météo ! Sa position géographique autorise des lancements vers l'est ou le nord dans des conditions de sécurité maximales : le lanceur ne survolera aucune terre avant 4000 km ! Le second atout ? sa latitude. Pour un lancement en orbite géostationnaire, plus on est proche de l'équateur, plus fort est "l'effet de fronde", lié à la vitesse de rotation de la terre . La latitude de Kourou à l'avantage donc par rapport au sites de Cap Kennedy ou de Baïkonour. Enfin, un lancement depuis Kourou facilite les manoeuvres de mise à poste du satellite sur orbite, dans le cas d'une mission géostationnaire.
Comment situer Ariane 5 par rapport aux autres : est-ce la petite soeur ou une lointaine cousine ?
Toutes les versions d'Ariane portent le même prénom, mais Ariane 5 n'a pas grand chose à voir avec les modèles précédents. D'abord, finie la superposition des trois étages chère à Ariane 4. Désormais, Ariane 5 est constituée d'une structure à deux étages : un étage inférieur, identique pour toutes les missions, et un étage supérieur qui s'adapte aux besoins de chaque commande. Technologiquement, hormis le moteur de l'étage supérieur, commun entre Ariane 4 et 5, tout le reste est différent. Le moteur cryotechnique d'Ariane 5 est 10 fois plus puissant que celui d'Ariane 4; les boosters à poudre d'Ariane 4 pesaient 10 tonnes, ceux d'Ariane 5 atteignent les 237 tonnes. Pour résumer, Ariane 5, c'est une nouvelle génération de lanceurs. Conçue après 10 ans de recherche et développement, des mois de fabrication, 22 jours de préparation d'un lancement pour une petite heure de vie dans l'espace.